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04 enero Nwel bò kay mwen / Christmas at home / Noël à la MartiniqueLes Antilles, aire géographique dans laquelle baigne la Martinique, espace où les croyances chrétiennes sont très fortes, enrichies de quelques croyances traditionnelles d’Afrique de l’Ouest pour donner une culture syncrétique à la fois ressemblant et différente des autres. L’originalité de la Noël à la Martinique réside dans la façon de préparer cette célébration en chantant des cantiques de Noël (chanté-nwel) et en cuisinant des plats traditionnels. Toutefois, la façon de fêter Noël s’est modernisée au fil des années.
Jusqu’au début des années 80, Noël était une affaire de quartier. Les voisins se rassemblaient dans un lieu pour effectuer les préparatifs. Ils tuaient les cochons, séparaient la viande et le sang entre eux (en fait, tout est mangeable chez le cochon). Le sang, la graisse et le boyau du cochon sont utilisés dans la confection du boudin noir. Le porc est aussi servi en ragoût avec des pois d’angoles, l’épaule est assaisonnée (comme pour tout plat antillais qui se respecte), fumée et caramélisée, et une partie de la viande sert à fourrer des petits pâtés fait de pâtes brisées ou feuilletées. L’alcool coule à flot. Le roi c’est le rhum. C’est la base dans toute composition spiritueuse afin d’élever chacun aux plus hauts degrés de la spiritualité. Différentes sortes de schrub (liqueur à base d’agrumes) sont composées. Le punch au coco (liqueur au lait de coco) c’est l’incontournable. Toute cette activité se faisait en blaguant et en chantant les cantiques sous le rythme des instruments à percussion (tambours, ti-bois, chacha, casseroles, tables, mains etc.).
De nos jours, presque tous les repas traditionnels sont conservés, mais ce ne sont plus les voisins qui s’en occupent : ce sont des produits manufacturés pour la plupart, et quelques familles les préparent personnellement dans un cadre privé. Ils sont alors devenus des produits commerciaux très prisés en ces périodes de fêtes de fin d’année à la suite d’un effort local. Dès le début des années 90, la crainte de voir périr la tradition avec la montée de la mondialisation, l’hyperconsommation des produits importés, l’individualisme occidental, un mouvement de conscience martiniquaise s’est mise en marche sous l’égide d’hommes comme Mano et Loulou pour sauvegarder l’héritage martiniquais. C’est surtout l’approche musicale qui a été repensée et tout simplement commercialisée comme le reste. Les chanté-nwel sont passés du statut de relations harmonieuses entre voisins, en se réduisant au passage au simple cadre familial, pour se revigorer dans les gran-penteng (grandes fêtes) où la population entière mais aussi les touristes viennent prendre leur pied, chanter et plutôt regarder. Des milliers de spectateurs se rendent à des chanté-nwel publics ou privés à chaque fin de semaine dès la fin du mois de novembre. Contrairement à beaucoup de pays européens, la plupart des cantiques sont couramment chantés en français souvent agrémentés de ritournelles profanes en créole qui racontent de façon humoristique un aspect de la vie du commun des mortels martiniquais.
En conclusion, Noël c’est aussi la fête du cochon, car la viande de porc est hyper consommée durant cette période sous toutes les formes : ragoût, jambon, boudins, pâtés. Aujourd’hui, on ne conçoit plus la Noël sans cantiques, mais jusqu’à quand cette conception va-t-elle durer ? Elle a bien été une fois en danger. Est-ce que la commercialisation de la Noël traditionnelle la conservera pour longtemps ?
Dominique Giboyau, Nwel bò kay mwen, Essai sur la Noël à la Martinique, janvier 2008. |
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